L’édification du consommateur

« 66. Le spectacle ne chante pas les hommes et leurs armes, mais les marchandises et leurs passions. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967)

 


— Je m’ennuie !...
— Et si tu jouais avec ton nouveau jouet ?
— En fait, depuis que je l’ai, c’est pas aussi bien qu’à la télé.

La marchandise est un spectacle. Comment transformer trois sous de plastique en jouet ? Il faut une marque, de la réclame, des effets. Déjà, la photo sur la boîte est mieux que l’objet qui en sort. Dans la fièvre du déballage, il faut toute l’expérience des parents pour monter sans rien casser, bien placer la pile électrique, l’enfant est encore sous le charme. Mais pour combien de temps ? Et que lui faudrait-il pour qu’il le reste ?
Pour le consommateur satisfait, la chose vendue ne suffit pas à faire acheter, à faire travailler, l’envie doit être excitée par la publicité. Le cinéma est le laboratoire des effets qui sacrent la marchandise, qui lui confèrent la vie éternelle de l’objet toujours neuf. La Californie, l’usine à rêves, invente les rituels du sacrement mercatique, de l’onction céleste qui transforme le pain des pauvres au travail en fétiche magique. Il y a, dans un film, un bout du mystère de la plus-value.

Le cinéma est le produit qui est en même temps sa publicité. Comment vendre une super-production ? Par des extraits. Ce serait comme si distribuer des lacets faisait acheter des baskets. Un film se vend lui-même, c’est le cercle immatériel de la marchandise pure, la causa sui du merchandising. L’industrie des histoires est la tête de gondole du marché. Le cinéma est le produit idéal, paquet de bits qui ne s’usera jamais, reproductible à l’infini. Comprendre comment marche un film pourrait donner quelques clés du fétichisme marchand.

Avez-vous vu Charlie et la chocolaterie dans la version de Tim Burton (2005) ? Le roman original de Roald Dahl (1964) raconte l’histoire de Willy Wonka, un confiseur fou à la tête d’une usine à chocolat pour laquelle il cherche un successeur. Il ne veut pas d’un gestionnaire froid et diplômé, mais préfèrerait un enfant qui aime ses produits. Pour le choisir, la meilleure technique est celle du Dalaï lama : le hasard des signes, un ticket d’or dans une plaque de chocolat. Cinq enfants gagnent une visite de l’usine ; le dernier qui restera remportera le capital. Le dispositif permet de distribuer des récompenses et des punitions, de dessiner une morale. Parmi les perdants on trouvera : un glouton allemand, une enfant gâtée anglaise, et une « gagnante » à l’américaine, qui a la volonté pour seule finesse.
Le personnage de Mike Teavee (TiVi) est plus intéressant. Dans le roman, il aime trop la télévision. Dans un film, cela ne peut pas être un vice, ou ce serait critiquer le client qui vous nourrit. Tim Burton, lui, en fait un petit génie des jeux vidéo et du piratage informatique. Il a trouvé son ticket d’or en déplombant les ordinateurs du confiseur, mais il n’aime pas le chocolat.
Wonka le fantasque affirme sans honte ne rien comprendre à cet enfant de 12 ans, intelligence déjà sèche et triste. Remarquons bien, la raison est condamnée sous sa forme technicienne, même pas scientifique, encore moins humaniste ; le patron est un business angel, visionnaire, un producteur de rêves, qui pourrait être cinéaste. Certes, il lui manque une vertu, l’amour, que lui apprendra le Charlie éponyme, pauvre mais méritant, car capable d’émerveillement. L’image dessinée du capitalisme est un conte de fées, les patrons sont de grands rêveurs qui concrétisent le désir des masses, et voilà pourquoi ils gagnent de l’argent. Ils ne l’ont pas volé ? Est-ce leur faute à eux, si on les aime ? Il n’y a qu’une fausse note, Mike, que Wonka fait taire, ridiculise, mais ne réduit pas vraiment.
Dans le film, il subira le reproche définitif : tu es incapable de croire aux histoires.

Nous y sommes. Jusqu’à un certain point, la fiction suppose la croyance. Le cinéma a besoin d’un client pour croire à ses histoires, donc il produit des crédules, et les éduque dès l’enfance. Cycle de Pavlov, on récompense les rêveurs, ce sont ceux qui y croient qui gagnent à la fin. Et ce qui est bon pour les écrans l’est aussi pour les caddies. Le marché a besoin de grands enfants qui désirent les catalogues. Vous doutez ? Noël 2008, Niko le petit renne.



— Je ferais n’importe quoi pour aller voler dans le ciel avec lui.
— Je sais, je sais. Mais, ce genre de choses ne s’improvise pas, ça demande de l’entraînement !
— Justement, je n’arrête pas de m’entraîner.
— Bien sûr. Mais ça ne suffit pas, tu dois croire en toi... Je suis certain que tu peux voler, alors montre que toi aussi tu y crois... Vas-y, champion. Ne réfléchis pas, aies confiance, crois en toi, crois en toi !

Tout le film est à peu près dans l’extrait cité. Un petit renne veut tirer le traîneau du Père Noël, il faut juste qu’il apprenne à voler. Il traverse la banquise mais il est suivi par des loups. La catastrophe était inéluctable, jusqu’à ce qu’il se mette à voler, parce qu’il y croit, et ne réfléchit plus. Le scénario a été écrit il y a 2000 ans.

« A la quatrième veille de la nuit, Jésus alla vers eux, marchant sur la mer. Quand les disciples le virent marcher sur la mer, ils furent troublés, et dirent : C’est un fantôme ! Et, dans leur frayeur, ils poussèrent des cris. Jésus leur dit aussitôt : Rassurez-vous, c’est moi ; n’ayez pas peur ! Pierre lui répondit : Seigneur, si c’est toi, ordonne que j’aille vers toi sur les eaux. Et il dit : Viens ! Pierre sortit de la barque, et marcha sur les eaux, pour aller vers Jésus. Mais, voyant que le vent était fort, il eut peur ; et, comme il commençait à s’enfoncer, il s’écria : Seigneur, sauve-moi ! Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit, et lui dit : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » —  Matthieu 14:25-32

La marche sur l’eau a marqué deux autres évangélistes, Jean et Marc ; la version de Matthieu se distingue par le doute de Pierre. Ce n’est pas la première fois que les apôtres manquent de foi. Dans une autre traversée de la mer (Marc 4:40, Luc 8:25, Matthieu 8:26), la tempête les inquiète, ils réveillent le maître, Jésus calme les vagues, reproche aux disciples de ne pas croire assez, et se recouche le cœur confiant. A la réflexion, cette parabole n’est pas très édifiante, les pêcheurs passent surtout pour des marins poltrons. La vertu théologale de la foi semble d’abord un succédané magique du courage antique. Il n’a peur de rien celui qui ne craint pas la mort. Les sociétés sécrètent leurs morphines pour tremper leurs soldats. Quatre-vingt vierges après la bombe, le Valhalla des Vikings ; ici, il faut avouer que Jésus use avec une savante imprécision de la résurrection. Les théologiens qui suivirent, forcément contaminés par le mauvais esprit grec, se sont demandés si la vie éternelle était à la fin des temps, après la mort, ou bien maintenant. L’évangile apocryphe de Thomas, le plus ancien texte « chrétien », a encore plus d’espoir : « Tous les jours je mange du mort, et j’en fais du vivant. » Le voilà, tout pur, le message de l’Evangile. Je suis immortel, et si d’autres meurent, c’est qu’ils ne croient pas assez. En ce cas, oui, pourquoi craindre une tempête... Parce qu’à ce moment du récit, il reste encore du bon sens aux Apôtres, ils n’ont pas envie de mourir, ils ont une famille à nourrir. Le soldat romain montre davantage d’intelligence et de noblesse en plaçant sa cité plus haut que sa vie. Il sait qu’il ne restera rien de lui après sa mort, sinon sa réputation, pesant sur ses amis et sa famille, alors il aura du courage dans la tempête. Pour la guerre des faibles, ceux qui n’ont pas reçu l’éducation citoyenne, la foi peut libérer de la peur des maîtres, mais elle ne semble qu’un chemin vers le courage de la raison.

Avec du courage, et de l’entraînement, je traverserai les mers et les tempêtes, mais tout de même pas en marchant sur l’eau. Cette parabole indique que la foi donne quelque chose de plus que du courage : de la grâce. C’est un peu comme faire du vélo sans les roulettes. Quand on réfléchit, on ne comprend pas comment c’est possible, comme la flèche de Zénon d’Elée. Quand on réfléchit au mouvement, on veut s’accrocher à quelque chose de fixe, alors le mouvement s’arrête, et on tombe. Marcher sur l’eau, ça doit être comme le surf, il faut se débrancher, lâcher prise, se laisser aller. La raison maintient dans les certitudes anciennes. La foi peut aider à sortir du vieux pour découvrir du neuf, elle ose, elle avance.

Pierre et le petit renne doivent aussi arrêter de calculer pour se laisser porter par la grâce, mais reste un dernier problème : marcher sur l’eau, voler, c’est impossible. La foi demande aussi à la raison de se taire et d’accepter le miracle. Chuchotée dans les catacombes, cette bonne nouvelle était porteuse d’espoir pour les esclaves, le règne des maîtres aura bien une fin, puisque l’apocalypse est pour bientôt. Si la nature permet des exceptions, alors les lois sociales sont encore moins absolues. Porté à la chaire par Bossuet contre les riches et les rois, la toute puissance de Dieu rappelle que les trônes ne tiennent pas plus que Pierre sur l’eau. Mais pour nous aujourd’hui, quel est le sens du miracle ? Nous ne pouvons plus refuser la science, elle s’impose bien trop évidemment. Il y a des exceptions quantiques, dont on connaît si bien la probabilité (moins d’une fois sur quelques milliards d’années) que personne ne se risquerait à marcher sur l’eau sans un truc, sans une supercherie : Jésus, célèbre illusionniste palestinien ? Et d’ailleurs, Niko le sait aussi, il s’entraîne. Promouvoir sciemment le surnaturel est, au mieux, une entreprise de désadaptation sociale, le plus souvent, de désagrégation mentale. Qui refuse la causalité a quitté le monde de la production, ou bien le subit entre deux séances de prière.
Peu auront la sagesse de Descartes, pour qui le temps est une suite d’instants reliés par Dieu. Cette métaphysique permet de concilier le miracle et une nature déterministe. Notre connaissance, notre expérience, vit sous les lois de la nature, où deux et deux font quatre. S’il plaît à Dieu, tout peut changer, tout peut s’interrompre d’un instant à l’autre, le miracle, ou l’Apocalypse, est possible, mais nous ne savons pas quand. Si Dieu n’est pas soumis à la physique, il l’est encore moins à la prière, la foi n’y fera rien. Si nous voulons le corps, il sera mortel. Je vole déjà en rêve ; si je veux le faire aussi avec ma masse, c’est que je demande à Dieu d’interrompre la pesanteur pour mon plaisir. Ma prière m’apprendra bien plutôt la vanité de mon désir qu’elle ne pliera l’absolu à de telles futilités.
Contrairement à l’Evangile, Niko vient après Galilée, il sait la contradiction entre la foi et la raison. Il propage le message édifiant qu’un miracle est possible, pourvu que l’on y croie. Les enfants adorent, ils retrouvent, moins loin que pour nous, le temps d’avant la pesanteur, où l’on ne tombait jamais, car toujours porté par la mère. Ces fables ne sont pas des divertissements innocents mais une entreprise d’aliénation psychique. A quelle fin ?

Non seulement Niko s’entraîne, mais il doit croire en lui – et pas simplement en un Dieu au delà du monde. Si la misère l’abat, il ne pourra pas se retourner comme Job vers son créateur, il ne pourra que s’en prendre à lui-même. Ce film propage une religion de l’élection de naissance, renvoyant les faibles à leur ratage, et célébrant les forts, les doués, révélés par leur foi en eux-mêmes. L’idée vient spontanément aux mauvais scénaristes, car c’est le besoin du marché. Les riches ont lutté, ils ont été aidés par leur foi, les autres seront peut-être un jour exaucés, ou pas, la fortune souffle où elle veut. Mais surtout, ne réfléchissez pas, ne calculez pas, croyez, ou vous serez tristes et ennuyeux. Allez, on surfe, on vole, on consomme...

Niko est un roman de chevalerie initiatique, où, comme un jeune Perceval, un herbivore inoffensif devient un chevalier du ciel défiant les loups par la force de son cœur pur. Cette littérature dont on étouffe notre jeunesse a son Don Quichotte : Buzz l’éclair.
Andy, huit ans, un enfant normal, donc plutôt blanc, dans une maison normale, donc en lotissement, a sa chambre à lui, avec des jouets, normal. Toy Story (1995, studios Pixar) raconte la vie des jouets. Aux enfants, on dit rarement que Nounours est fabriqué en Chine, que Oui-oui est cancérigène avec sa peinture au plomb, et que le doudou de Choupi est hypoallergénique. Les jouets d’Andy, eux, ont des racines, ils savent d’où ils viennent. Monsieur Patate est estampillé Playskool, le dinosaure vient d’une filiale asiatique de Mattel (parce que la firme a refusé que Barbie soit intégrée au scénario), et il y a une bergère en porcelaine, comme dans le petit soldat de plomb d’Andersen.
Woody, le pantin shérif, est le jouet préféré d’Andy, du moins jusqu’à un certain anniversaire où arrive une gloire télévisuelle superficielle et forcément passagère : Buzz. Le robot prend la place du pantin dans le cœur et le lit de l’enfant, Woody se promet de l’écarter au plus vite pour regagner sa place. La psychanalyse des jalousies (arrivée du bébé ? d’un nouveau parent ?) pique certainement le public, mais la fable dépasse l’égotisme enfantin. Buzz est tout droit sorti de l’usine, il doit contacter Star Command pour connaître la suite de sa mission contre l’infâme Zorg. Il est bon, courageux, généreux, et persuadé naturellement qu’il va sauver le monde. C’est un pompier du Onze Septembre, un marine du débarquement, un chevalier sans peur et sans reproche, oui, un Don Quichotte de l’espace, doté de son double critique et moqueur, Sancho Pança en maigre : Woody. Après quelques quarts d’heure de péripéties, nous nous attachons à Buzz, embêtés qu’il ne veuille pas voir la réalité, et de plus en plus inquiets de la malice jalouse de Woody. C’est alors qu’advient le climax, où l’on ne sait si le héros passera, ou trépassera.


« Tu es un jouet, tu ne peux pas voler », extrait de Toy Story (1995).

Buzz a entrouvert la porte de la chambre, et il a vu ce qu’il ne devait pas voir, comme une scène primordiale, la matrice dont il sort : la publicité. Il n’est que le rêve d’un autre, un produit. Tout ce en quoi il croit (sauver le monde), tout ce qu’il dit (« Vers l’infini et au delà »), et ses armes dans la vie, c’est calculé, pour le rendement, la performance économique. Buzz n’est qu’un spécimen de son espèce, reproduit à des millions d’exemplaires, pour la gloire du marché. Le héros est abattu par une crise de conscience. L’histoire va-t-elle s’arrêter là ? Non, il se relève, et par un acte prométhéen, défie son destin : « je ne suis pas un jouet, la preuve, je peux voler », il suffit d’y croire. Hé bien non, il ne suffit pas d’y croire. Le principe de réalité (et la pesanteur) ont raison de la foi. « Tu es un jouet, tu ne peux pas voler. » Et l’image de synthèse nous offre une vision subjective mémorable, ce que voit l’enfant qui croit en Superman (quand il saute du toit) : une douce montée vers le ciel, et puis, la chute, laissant un Osiris démembré sur le sol. Il sera recousu ensuite par une étrange et inquiétante Isis, et finalement se relèvera, fortifié par l’épreuve, toujours plein de courage, mais désormais sans illusion.

Dixième fois ! Oui, dixième fois que votre rejeton regarde ce dessin animé. Magnétoscope, DVD, ordinateur, une génération mondiale peut vivre son plaisir à l’image jusqu’à l’écœurement. Le mange-disque ou le baladeur ont éduqué l’oreille d’une adolescence ; les yeux, et l’imaginaire, dès deux ans désormais, se remplissent sans fin. La boulimie nuit à la santé, l’obésité est une épidémie mondiale, et pour le cerveau ? Est-ce que le boyau de la tête digère bien ? Dans peu d’années maintenant, nous pourrons observer les enfants, non pas de la télé, mais du DVD. Il sera trop tard pour les nôtres, c’est maintenant que l’on doit trouver quoi faire.

Regardez votre enfant qui s’identifie au Buzz souffrant, tentant de se suicider et peinant à sortir de la dépression. Son regard s’attriste, il a la larme à l’œil, et que comprend-il ?


— Buzz l’éclair, il comprend qu’il est pas tout seul.
— Mais pourquoi ça le rend triste ?
— Ça le rend triste parce qu’il croyait qu’il était le héros, qu’il allait sauver le monde tout seul.
— Tu trouves ça triste de ne pas être tout seul ?
— Non, mais c’est triste de ne plus être le héros.

Grâce à Toy Story, l’enfant réalise que le monde ne l’attend pas, qu’il est déjà plein comme un œuf. L’enfant arrive avec la certitude d’être le héros, le plus fort, le plus beau, le plus intelligent ; c’est l’énergie de cette pulsion qui le fait homme. Regardez-le pleurer, à peine tombé du ventre. Mais quelle bête traquée pourrait se permettre aussi peu de discrétion ? Les petits chats sont aveugles, mais discrets, quand bien même ils sont carnivores. Le bébé hurle comme si le monde lui appartenait. Un animal étrange s’est tramé, entre le cri de l’enfant, et la peur de la mère qu’il soit entendu, et puis l’amour, ou les projets, bref, tout enfant est une certitude d’être quelqu’un. Et s’il découvrait tout d’un coup, comme sans prévenir, que les autres aussi existaient ? Est-ce que d’ailleurs les adultes en sont tous persuadés ? La crise de conscience n’est pas facile à digérer, le film aide à la traverser. Dans la suite de l’histoire, Buzz accepte d’être comme les autres jouets, remarquable par certains aspects, mais dupliquable. Il n’est unique que grâce à la complicité de ses amis dans la chambre d’Andy. S’il est un héros, ce n’est pour que ses copains.

Ainsi, Buzz a la force d’un mythe qui s’impose sans prêtre ni littérature, qui donne à penser sans que les raisonnements ne l’épuisent. Nous sommes un peu vieux pour le vivre avec sincérité, mais quelle chair il donne à la phrase en exergue. Toy Story chante les marchandises et leurs passions, sans se cacher, et donc dénonce la machination du spectacle. L’épopée, les romans de chevalerie, ou les westerns, encouragent la foi des cœurs purs, par le jeu de deux désirs, psychologiques et sociaux, pour la magie. L’individu rêve que son intention suffise à changer le monde, c’est inscrit dans ses nerfs, entre le cerveau qui veut courir et les muscles qui se fatiguent. Comme il serait bon, le monde en apesanteur, où voler serait naturel. Et pour le pouvoir, qu’il soit marchand, socialiste, ou religieux, quelle paix qu’un peuple croyant, adorant, ne rêvant qu’à ce que le pouvoir voudra bien lui donner. Le prêtre donne promet le salut, soyez heureux, mais plutôt après la mort. Le grand timonier donne la fierté dans l’histoire, sacrifiez-vous pour l’avenir radieux de la société sans classe. Le paradis du marché, c’est Disneyland, du toc de synthèse, il faudra vous en satisfaire. Le flot spectaculaire a pour fonction d’entretenir la foi en lui-même, pour le bénéfice des autres marchandises.
Mais notre monde est libre, la critique y est autorisée, si bien que l’on peut sincèrement se demander si la conspiration ne résulte pas seulement de la paresse, de la fatigue, de la faiblesse, enfin de la facilité.